Le film qui relate le travail inédit d’Yves Patrick Delachaux, Sarah Khalfallah et Alain Devegney.

Un film de Ursula Meier, cinéaste franco-suisse, coproduit par la Télévision Suisse Romande, la chaîne ARTE et Saga Production

Ce film a remporté le premier prix du film de reportage au festival Vision du Réel. Il a été primé à New-York, Nantes et Montréal.

Un flic contre la haine

Alain, ancien xénophobe d’extrême droite, a lancé un système de médiation entre la police et les étrangers de Genève. Un document plein d’émotion.

Par Elisabeth Chardon

Un gros plan sur le visage d’Alain plombé par l’émotion. C’est ainsi que se termine le documentaire qu’Ursula Meier a consacré à cet îlotier genevois au parcours rempli de paradoxes. On est à l’aéroport et Alain est venu faire ses adieux à un ami. Tity est congolais. Ancien diplomate, il a fui le régime de Mobutu, s’est retrouvé en 1993 en Suisse où, au bout de cinq ans, il s’est vu refuser le statut de réfugié. Après trois ans de démarche, le Canada a accepté de devenir son pays d’accueil. Il quitte donc la Suisse avec sa famille. Alain, qui est venu lui faire des adieux pleins d’émotion, est un ancien élu du parti d’extrême droite Vigilance. Depuis, il a fait du chemin.

C’est ce chemin qu’il faut savoir faire les uns vers les autres dont il s’agit tout au long du documentaire. Alain, pris dans la mouvance d’extrême droite au début des années 80, au moment où l’immigration africaine s’accentue, a depuis réalisé que l’exclusion et la haine ne résolvent rien. « Ma mère vit avec un noir. Ça a été un truc difficile pour moi. Et puis j’ai réalisé qu’elle était plus heureuse avec cet homme venu du bout du monde qu’avec mon père », explique-t-il, lors d’une médiation entre les habitués d’un bar africain et des voisins agressés par le bruit et les odeurs de cuisine.

C’est au printemps 1999, après un débat organisé par Mondial Contact, association qui joue un rôle d’interface entre les différents acteurs de la Genève multiculturelle, qu’Alain a décidé de lancer ce projet de médiation entre la police et les communautés étrangères. Il obtient l’aval de son commandant et prend rendez-vous avec Sarah, de Mondial Contact. « Il a fallu un an pour que j’aie confiance en lui », reconnaît cette Franco-Maghrébine. Elle se souvient de la distance physique qu’elle a longtemps gardée avec Alain. Elle aussi prisonnière de ses préjugés, face à cet homme « uniformé » avec lequel elle éprouvait même de la réticence à être vue dans la rue. Sans doute aussi face à cet homme à la parole vive, aux moustaches à la gauloise, qui, une fois quitté l’uniforme, exhibe volontiers ses tatouages en marcel.

C’est pourtant bien cet homme-là qui retient ses larmes à l’aéroport en voyant partir son ami. Tity, aujourd’hui forcé de quitter la Suisse, était le premier représentant des communautés étrangères qui avait accepté de travailler avec la police dans l’expérience de médiation d’Alain, au risque de se faire traiter de « collabo » par les siens. Il l’avait accepté parce que lui-même avait douloureusement expérimenté les vexations d’une police xénophobe.

Pas les Flics Pas les Noirs Pas les Blancs

Par Irène Challand

«Pas les flics, pas les noirs, pas les blancs» raconte la trajectoire étonnante d’Alain Devegney, un sous-brigadier de la gendarmerie genevoise. Cet expert en arts martiaux et ancien membre du parti d’extrême-droite Vigilance est l’auteur d’un projet de médiation totalement inédit entre la police et les communautés étrangères. A la veille de sa diffusion dans «La vie en face», ce film sera présenté en première mondiale à Nyon dans le cadre du festival Visions du Réel, le samedi 27 avril à 15 h 30. Le film est en compétition dans la section «Regards neufs».

A la suite d’une agression subie dans un pays africain, Alain Devegney, ancien militant d’extrême-droite, prend conscience de la nécessité du dialogue et de l’échange interculturels. Le film d’Ursula Meier brosse le portrait de cet homme au profil original et retrace la genèse et les balbutiements de ce projet novateur qui vise à modifier en profondeur les relations entre la police et les différentes communautés étrangères de Genève.

Dans sa naïveté et son enthousiasme de néophyte, Alain a la chance de rencontrer Sarah Khalfallah, spécialiste des relations interculturelles et fondatrice de l’association Mondial Contact. Séduite par la sincérité de l’idée et du personnage, Sarah devient collaboratrice du projet et surtout intermédiaire privilégié avec les communautés étrangères de la ville. Cette intervention d’une association issue de la société civile va ainsi permettre de dépasser les ambiguïtés inhérentes au face-à-face police-immigrés.

Leur très grande complicité, leur amitié, est partagée par Yves Delachaux, un agent qui a travaillé 9 ans aux Pâquis et qui donne aux apprentis gendarme des cours de sensibilisation aux «minorités ethniques».

Une nouvelle étape est franchie grâce à la rencontre avec Tity Dinkota, un leader charismatique de la communauté congolaise. Avec lui s’ouvre la phase expérimentale : en jouant le jeu, en acceptant de travailler sur un cas de médiation, Tity prend le risque de passer pour un «collabo», voire pour un indicateur de la police aux yeux des siens. Mais cette collaboration permet aussi à Alain, personnage chaleureux et truculent, presque méditerranéen, de donner la mesure de son talent de communicateur et de leader.

Puis, au fil des mois, au fil des rencontres et des entretiens, se constitue un cercle d’une quinzaine de médiatrices et médiateurs venus de différentes régions du monde.

Déroulant la trame d’une véritable enquête, le film rencontre ces hommes et ces femmes pour observer sans angélisme et sans préjugés les difficultés et la complexité du projet. Sans craindre non plus d’en montrer les limites et les contradictions, à travers les tensions et les incompréhensions. En traversant les différentes communautés, en témoignant à chaque fois et «à chaud » des tentatives de parole, de négociation et de réflexion, ce film plonge dans le coeur vivant de l’interculturel.

Sensibilisation aux relations interculturelles et communautaires: naissance et renaissance d’un projet de partenariat avec la police genevoise

Haute Ecole Pédagogique — BEJUNE

Motivés par les enjeux de la pluralité urbaine du canton de Genève (près de 40% d’étrangers), nous avons travaillé pendant près de trois ans à un projet de formation de policiers et de développement d’espaces de communication entre les policiers et les étrangers.

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