« L’exemple de la formation des policiers genevois sur l’affaire Menezes est à mes yeux significatif de ce nécessaire changement, et significatif pour démontrer le manque d’exercice de ces hommes aux dénouements d’une action, d’une pratique professionnelle. L‘exercice ne portait pas sur la nécessité ou non d’abattre Menezes, mais sur la réflexivité de l’action policière sur le port de l’arme, sur l’impact du commandement sur la troupe, sur l’obéissance, sur la désobéissance – qui paradoxalement est exigée si un ordre ne devait pas être légal – sur les capacités de distinctions objectives et subjectives d’une situation et les compétences d’analyses de l’activité. Je me suis trouvé face à un refus catégorique de penser la pratique professionnelle et plus encore face à une incompréhension de la finalité d’une telle démarche de formation. A cette absence de réflexion sur l’activité, s’ajoute une mauvaise connaissance des enjeux de la profession. « Tout va bien : les policiers font leur travail car les prisons sont pleines ! » cette justification, dans la bouche du président d’un syndicat de police judiciaire, répondant à la demande d’un journaliste qui l’interpelle à propos de dysfonctionnements avérés, est exemplaire et significative. Elle ne peut être comprise, à mes yeux, que dénotant de cette vision réductrice, mais pourtant répandue, qu’un bon « flic » est celui qui fait des arrestations. Il devient urgent, dans une Europe en voie de complexification, où la société est globalisante et supranationale, qui tend vers le néolibéralisme, ainsi donc questionne les libertés de chacun, de former les policiers, plus encore les cadres, autour des enjeux émergeants pour nos démocraties dont les populations attendent que l’on puisse anticiper les difficultés qui surgissent, telles que les délégations de pouvoirs aux forces de sécurité privée, l’immigration, l’insécurité sociale, écologique, l’urbanisme, etc. Policiers, nous assurerons ainsi ce pour quoi nous nous sommes engagés : la défense du droit. Il s’agit d’une valeur primordiale, fondatrice car les activités policières ne peuvent être réduites à l’enquête et l’arrestation. Qu’en est-il des formations des cadres intermédiaires et des cadres supérieurs ? « Grader à l’ancienneté c’est bien, c’est l’expérience », répond un syndicaliste policier lors d’un débat. Mais mon travail d’observation me fait penser que cette « expérience professionnelle » quand elle n’est pas objectivée par des processus de formation pointus, dès lors qu’elle n’est ni conscientisée, ni évaluée, renforce en définitive l’incompétence. L’exercice de penser l’agir, sous les déclinaisons d’obéissance, domination, banalisation, soumission, résistance, etc., est une difficulté dans la structure policière actuelle qui perçoit la pensée comme un danger pour l’intervention ; alors qu’elle renforce les compétences, les prises de décisions, l’action, le professionnalisme. « Je n’ai pas besoin d’intellectuels », me confiait pourtant le désigné aux ressources humaines de la Police cantonale genevoise. »


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